| "ENTRE ICI, PIERRE MOINOT..."
Le cadre majestueux de la cour d'honneur des Invalides avec ses profils
grecs au frontispice, Napoléon, là-haut, sur son piédestal
et un carré d' oeils-de-boeuf grands ouverts sur l'histoire, se
prête aux accents lyriques d'un Malraux au Panthéon.
Porté à bras par des soldats du 1er régiment étranger
de génie, voici que Pierre Moinot fait à son tour son entrée,
drapé de tricolore et d'aura nationale. Les grands corps qu'il
a servis sont là : l'armée, la cour des comptes, un cercle
d'immortels en habit vert entourant Pierre Messmer au visage sépulcral.
Il revient à Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire
perpétuelle de l'Académie française, de prononcer
avec l'émotion de l'intime l'éloge du disparu. Elle évoque
sa mobilisation en 1940, son évasion, son rôle dans la Résistance,
sa participation aux prises de Rome et de Sienne avec l'armée d'Italie,
son débarquement en Provence... Et puis, resurgit en pleine lumière
l'écrivain aux dix romans, couronné pour la première
fois avec "La chasse royale" et qui entra à l'Académie
le 20 janvier 1983 au fauteuil de René Clair. Ironie de l'évènement
: lui, le laïc "qui ne croyait pas au ciel" fut accueilli
par un homme d'église, le RP Carré ; ce qui n'assombirt
en rien leur rapports futurs.
Hélène Carrère d'Encausse ne manque pas de rappeler
également l'enfance de Pierre Moinot dans le Marais poitevin et
son amour de la nature "dans laquelle il va se fondre". Faisant
référence à l'un de ses derniers ouvrages, prémonitoire,
"Le matin vient et aussi la nuit", elle observe : "Voici
la nuit, mais la nuit ne renferme jamais l'esprit".
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